Erithacus Rubecula (The Robin)
‘Speaks of an extraordinary simplicity...’
Ralph Dutli
The sparkling blue of the snow
Under the smoky tulle of the sky
And you, my little bird,
My providential companion
In orphaned solitude,
You who chisel out
The intimately granular facets of the air
With your voice of blue diamond
So as to speak
The entire brightness of creation.
The blood of your tiny throat
Is like a timeless rose
On the imponderable whiteness of the garden.
You, whose song
Inspires an invincible hope
In the sleeping stems
Which lie beneath winter’s
Soft harshness.
You, with your divine delicacy
In the midst of life’s
Sadnesses!
Translated from the French of Athanase Vantchev de Thracy by Norton Hodges
mardi 13 mars 2012
lundi 12 mars 2012
ERATICUS RUBECULA (français)
ERITHACUS RUBECULA
« Parle d’une inouïe simplicité… »
Ralph Dutli
Le bleu étincelant de la neige
Au-dessous du tulle vaporeux du ciel
Et toi, mon menu oiseau,
Mon providentiel compagnon
De solitude orpheline,
Toi qui cisèles
Les facettes intimement granuleuses de l’air
De ta voix de diamant bleu
Pour dire
Toute la clarté de la création.
Le sang de ta minuscule gorge
Est comme une rose intemporelle
Sur l’impondérable blancheur du jardin.
Toi, dont le chant
Inspire un espoir invincible
Aux tiges endormies
Sous la moelleuse rudesse
De l’hiver !
Toi, divine délicatesse
Au milieu des tristesses
De la vie !
Athanase Vantchev de Thracy
Paris, ce lundi 12 mars 2012
Glose :
Rouge-gorge (n.m. – pluriel rouges-gorges) - Erithacus rubecula : passereau de la famille des Passériformes. On l’appelle ainsi en raison de la couleur rouge du plumage de son poitrail.
Avec sa gorge orangée, le rouge-gorge est un oiseau reconnaissable entre tous. Pas plus grand qu’un moineau (il pèse 16 grammes en moyenne), il est commun dans toute l'Europe, où il vit habituellement à la lisière des forêts et dans les haies des jardins. Pour marquer, défendre et protéger son territoire, il chante sans cesse pendant toute l’année avec un regain de crescendo au printemps pour saluer le retour de la belle saison.
La femelle et le mâle sont en tout point pareils, ce qui les rend difficiles à distinguer. Comme la mésange bleue, la mésange charbonnière et la mésange huppée, le rouge-gorge est un sédentaire. Il hiverne là même où il a établi son domicile. L'oiseau aime s’installer dans les arbres et les buissons (merisier, noisetier, cornouiller) et les arbres fruitiers (pommier, poirier, cognassier...).
Le rouge-gorge se nourrit essentiellement d'insectes, de larves, de vers, de mille-pattes, d’araignées, de cloportes, de papillons, de chenilles, de perce-oreilles et de fourmis, mais aussi de limaces et d’escargots. A ce titre, il est un ami précieux du jardinier, qui trouve en lui un excellent prédateur des nuisibles du jardin. L’été, son régime alimentaire s’agrémente de baies comme des mûres, des framboises, des fruits de sureau... Sa familiarité avec les hommes est légendaire. Quand l’hiver survient, quand les insectes et les baies se font rares, il apprécie la nourriture que l’homme laisse à sa disposition dans le jardin ou aux abords de la maison.
Ralph Dutli, (né en 1954 à Schaffhouse) : poète, essayiste, biographe, traducteur suisse de langue allemande. Il fait des études de littérature française et russe à Zurich et à Paris, où il réside de 1982 à 1994. Depuis, il vit à Heidelberg (Allemagne).
Poète, il a publié Notizbuch der Grabsprüche (Le Carnet d'épitaphes, 2002), Novalis im Weinberg (Novalis au vignoble, 2005), Salz zu Salz (Sel ô sel, 2007). Essayiste, il est l'auteur de Europas zarte Hände (Tendres mains d'Europe, 1995) et Nichts als Wunder. Essays über Poesie (Rien que des miracles. Essais sur la poésie, 2007), mais aussi de Liebe Olive. Eine kleine Kulturgeschichte (Chère Olive. Une petite histoire culturelle, 2009) et Das Lied vom Honig. Eine Kulturgeschichte der Biene (Le Chant du miel. Une histoire culturelle de l'abeille, 2012). Traducteur du russe, il a édité et traduit les Oeuvres complètes d'Ossip Mandelsatam en dix volumes aux Editions Ammann à Zurich. Il a publié quatre livres consacrés au poète russe, dont une biographie intitulée Meine Zeit, mein Tier (Mon temps, mon fauve, 2003). Ralph Dutli est également le traducteur en allemand de trois livres de Marina Tsvetaïeva et d'un choix de poèmes de Joseph Brodsky, intitulé Brief in die Oase (Lettre à l'oasis, 2006).
Tulle (n.m.) : tissu transparent et vaporeux formé par un réseau de mailles régulières de fins fils de coton, de lin, de soie, de laine. Il trouve d’abord usage dans la mode féminine puis, avec l’apparition de pièces plus importantes, dans le linge de maison (nappes, serviettes, etc.).
L’origine du tulle est anglaise, mais l'usage donne l'origine du nom à la ville de Tulle, où l’on fabriquait une dentelle genre guipure selon une méthode manuelle appelée point de Tulle (ou poinct de Tulle). Le tulle était déjà connu à l’époque de Louis XIV.
Granuleux, granuleuse (adj.) : recouvert de petits grains que l'on sent au toucher.
« Parle d’une inouïe simplicité… »
Ralph Dutli
Le bleu étincelant de la neige
Au-dessous du tulle vaporeux du ciel
Et toi, mon menu oiseau,
Mon providentiel compagnon
De solitude orpheline,
Toi qui cisèles
Les facettes intimement granuleuses de l’air
De ta voix de diamant bleu
Pour dire
Toute la clarté de la création.
Le sang de ta minuscule gorge
Est comme une rose intemporelle
Sur l’impondérable blancheur du jardin.
Toi, dont le chant
Inspire un espoir invincible
Aux tiges endormies
Sous la moelleuse rudesse
De l’hiver !
Toi, divine délicatesse
Au milieu des tristesses
De la vie !
Athanase Vantchev de Thracy
Paris, ce lundi 12 mars 2012
Glose :
Rouge-gorge (n.m. – pluriel rouges-gorges) - Erithacus rubecula : passereau de la famille des Passériformes. On l’appelle ainsi en raison de la couleur rouge du plumage de son poitrail.
Avec sa gorge orangée, le rouge-gorge est un oiseau reconnaissable entre tous. Pas plus grand qu’un moineau (il pèse 16 grammes en moyenne), il est commun dans toute l'Europe, où il vit habituellement à la lisière des forêts et dans les haies des jardins. Pour marquer, défendre et protéger son territoire, il chante sans cesse pendant toute l’année avec un regain de crescendo au printemps pour saluer le retour de la belle saison.
La femelle et le mâle sont en tout point pareils, ce qui les rend difficiles à distinguer. Comme la mésange bleue, la mésange charbonnière et la mésange huppée, le rouge-gorge est un sédentaire. Il hiverne là même où il a établi son domicile. L'oiseau aime s’installer dans les arbres et les buissons (merisier, noisetier, cornouiller) et les arbres fruitiers (pommier, poirier, cognassier...).
Le rouge-gorge se nourrit essentiellement d'insectes, de larves, de vers, de mille-pattes, d’araignées, de cloportes, de papillons, de chenilles, de perce-oreilles et de fourmis, mais aussi de limaces et d’escargots. A ce titre, il est un ami précieux du jardinier, qui trouve en lui un excellent prédateur des nuisibles du jardin. L’été, son régime alimentaire s’agrémente de baies comme des mûres, des framboises, des fruits de sureau... Sa familiarité avec les hommes est légendaire. Quand l’hiver survient, quand les insectes et les baies se font rares, il apprécie la nourriture que l’homme laisse à sa disposition dans le jardin ou aux abords de la maison.
Ralph Dutli, (né en 1954 à Schaffhouse) : poète, essayiste, biographe, traducteur suisse de langue allemande. Il fait des études de littérature française et russe à Zurich et à Paris, où il réside de 1982 à 1994. Depuis, il vit à Heidelberg (Allemagne).
Poète, il a publié Notizbuch der Grabsprüche (Le Carnet d'épitaphes, 2002), Novalis im Weinberg (Novalis au vignoble, 2005), Salz zu Salz (Sel ô sel, 2007). Essayiste, il est l'auteur de Europas zarte Hände (Tendres mains d'Europe, 1995) et Nichts als Wunder. Essays über Poesie (Rien que des miracles. Essais sur la poésie, 2007), mais aussi de Liebe Olive. Eine kleine Kulturgeschichte (Chère Olive. Une petite histoire culturelle, 2009) et Das Lied vom Honig. Eine Kulturgeschichte der Biene (Le Chant du miel. Une histoire culturelle de l'abeille, 2012). Traducteur du russe, il a édité et traduit les Oeuvres complètes d'Ossip Mandelsatam en dix volumes aux Editions Ammann à Zurich. Il a publié quatre livres consacrés au poète russe, dont une biographie intitulée Meine Zeit, mein Tier (Mon temps, mon fauve, 2003). Ralph Dutli est également le traducteur en allemand de trois livres de Marina Tsvetaïeva et d'un choix de poèmes de Joseph Brodsky, intitulé Brief in die Oase (Lettre à l'oasis, 2006).
Tulle (n.m.) : tissu transparent et vaporeux formé par un réseau de mailles régulières de fins fils de coton, de lin, de soie, de laine. Il trouve d’abord usage dans la mode féminine puis, avec l’apparition de pièces plus importantes, dans le linge de maison (nappes, serviettes, etc.).
L’origine du tulle est anglaise, mais l'usage donne l'origine du nom à la ville de Tulle, où l’on fabriquait une dentelle genre guipure selon une méthode manuelle appelée point de Tulle (ou poinct de Tulle). Le tulle était déjà connu à l’époque de Louis XIV.
Granuleux, granuleuse (adj.) : recouvert de petits grains que l'on sent au toucher.
dimanche 11 mars 2012
Brevitatis causa (en anglais)
ENGLISH :
Brevitatis Causa
‘Foam and rafts decorated with jade;
Tiny blue birds
Perched together on branches.’
Chiang K’uei (1155-1235)
Wouldn’t it be better,
Sitting beneath the murmur of willows,
To bow one’s head lengthily, calmly,
Assiduously
Over the breviary
Of small essential things?
To be moved by the eloquent courtesy
Of taciturn moments,
By the scrupulously silent white crocuses?
To feel against your hallucinated eyes
The soft and welcoming silk
Of your own modest eyelids!
Translated from the French of Athanase Vatnchev de Thracy by Norton Hodges 11.03.12.
Brevitatis Causa
‘Foam and rafts decorated with jade;
Tiny blue birds
Perched together on branches.’
Chiang K’uei (1155-1235)
Wouldn’t it be better,
Sitting beneath the murmur of willows,
To bow one’s head lengthily, calmly,
Assiduously
Over the breviary
Of small essential things?
To be moved by the eloquent courtesy
Of taciturn moments,
By the scrupulously silent white crocuses?
To feel against your hallucinated eyes
The soft and welcoming silk
Of your own modest eyelids!
Translated from the French of Athanase Vatnchev de Thracy by Norton Hodges 11.03.12.
samedi 10 mars 2012
BREVITATIS CAUSA
BREVITATIS CAUSA
“Mousse et radeaux s’ornent de jade;
Les oisillons, bleus et menus,
Perchent ensemble sur les rameaux.
Kiang K’ouei
Ne vaudrait-il pas mieux,
Sous le murmure aérien des saules,
Se pencher longtemps, calmement,
Assidûment
Sur le bréviaire
Des petites choses essentielles ?
Être ému par la courtoisie éloquente
Des instants taciturnes,
Par le mutisme attentif des crocus blancs ?
Sentir contre ses prunelles hallucinées
La soie douce et bienveillante
Des paupières pudiques!
Athanase Vantchev de Thracy
Paris, ce samedi 10 mars, Anno Christi MMXII
Glose :
Brevitatis causa : expression latine qui signifie « dit brièvement ».
Kiang K’ouei (1155-1235) : poète chinois de l’époque de la dynastie des Song (960-1279). Ts’eu, c’est-à-dire texte à chanter.
Crocus (n.m.) : du grec krokos, « safran ». Plante herbacée bulbeuse (famille des Iridacées) à floraison précoce. Crocus printanier à fleurs blanches, mauves, jaunes. Espèce de crocus cultivée : safran.
Hallucination (n.f.) : du latin hallucinatio. Perception de faits, d’objets qui n’existent pas, de sensations en l’absence de tout stimulus extérieur.
“Mousse et radeaux s’ornent de jade;
Les oisillons, bleus et menus,
Perchent ensemble sur les rameaux.
Kiang K’ouei
Ne vaudrait-il pas mieux,
Sous le murmure aérien des saules,
Se pencher longtemps, calmement,
Assidûment
Sur le bréviaire
Des petites choses essentielles ?
Être ému par la courtoisie éloquente
Des instants taciturnes,
Par le mutisme attentif des crocus blancs ?
Sentir contre ses prunelles hallucinées
La soie douce et bienveillante
Des paupières pudiques!
Athanase Vantchev de Thracy
Paris, ce samedi 10 mars, Anno Christi MMXII
Glose :
Brevitatis causa : expression latine qui signifie « dit brièvement ».
Kiang K’ouei (1155-1235) : poète chinois de l’époque de la dynastie des Song (960-1279). Ts’eu, c’est-à-dire texte à chanter.
Crocus (n.m.) : du grec krokos, « safran ». Plante herbacée bulbeuse (famille des Iridacées) à floraison précoce. Crocus printanier à fleurs blanches, mauves, jaunes. Espèce de crocus cultivée : safran.
Hallucination (n.f.) : du latin hallucinatio. Perception de faits, d’objets qui n’existent pas, de sensations en l’absence de tout stimulus extérieur.
vendredi 9 mars 2012
LIFE (anglais)
Life
Cor ad cor loquitor
(‘Heart speaks to heart)
Motto of Cardinal Newman
Buried in the ground,
Covered with snow,
The grain of wheat
Keeps safe within itself
The flame of life.
In the time it takes
To read a book
To write a poem,
To wipe down a weapon,
The fragile stem grows
And lifts the melancholy of the clods of earth
Towards the transparent joy
Of Spring’s
Pure light.
Invincible,
Inviolable,
Life’s strange
Innocence!
Translated from the French of Athanase Vantchev de Thracy by Norton Hodges 09.03.12.
Cor ad cor loquitor
(‘Heart speaks to heart)
Motto of Cardinal Newman
Buried in the ground,
Covered with snow,
The grain of wheat
Keeps safe within itself
The flame of life.
In the time it takes
To read a book
To write a poem,
To wipe down a weapon,
The fragile stem grows
And lifts the melancholy of the clods of earth
Towards the transparent joy
Of Spring’s
Pure light.
Invincible,
Inviolable,
Life’s strange
Innocence!
Translated from the French of Athanase Vantchev de Thracy by Norton Hodges 09.03.12.
jeudi 8 mars 2012
LA VIE
LA VIE
Cor ad cor loquitur
(« Le cœur parle au cœur »)
Enfoui dans la terre,
Couvert de neige,
Le grain de blé
Garde en lui la flamme de la vie.
Le temps de lire
Un livre, d’écrire un poème,
D’essuyer quelques armes,
Pousse la tige frêle
Qui élève la mélancolie des mottes
Vers la joie transparente
De la pure lumière
Du printemps.
Invincible,
Inviolable,
Insolite innocence
De la vie !
Athanase Vantchev de Thracy
Paris, le 8 mars 2012
Glose :
Cor ad cor loquitur : locution latine. Devise du cardinal John Henri Newman (1801-1890), ecclésiastique britannique converti au catholicisme en 1845.
Cor ad cor loquitur
(« Le cœur parle au cœur »)
Enfoui dans la terre,
Couvert de neige,
Le grain de blé
Garde en lui la flamme de la vie.
Le temps de lire
Un livre, d’écrire un poème,
D’essuyer quelques armes,
Pousse la tige frêle
Qui élève la mélancolie des mottes
Vers la joie transparente
De la pure lumière
Du printemps.
Invincible,
Inviolable,
Insolite innocence
De la vie !
Athanase Vantchev de Thracy
Paris, le 8 mars 2012
Glose :
Cor ad cor loquitur : locution latine. Devise du cardinal John Henri Newman (1801-1890), ecclésiastique britannique converti au catholicisme en 1845.
jeudi 1 mars 2012
BISHNOÏS
Bishnoïs
À Jambeshwar Bhagavan
« Roop anoop ramu pinde brahande, ghat ghat aghat rahayo,
(« Moi, la forme de Dieu, suis présente en toute chose,
laide ou superbe, visible ou invisible,
et j'erre en ce monde au sein de la plus petite des particules… »)
Chahad 19
I.
Maître,
Tu m’as appris le respect de toute forme de vie,
Tu m’as fait aimer la pure innocence des animaux,
La superbe élégance des arbres sacrés,
La divine humilité des fleurs qui réjouissent l’âme,
La transparence douce de l’eau
Et l’ondulation bleue du ciel.
Tu m’as appris, Maître,
La saveur inimitable de la terre sacrée,
La limpide austérité des lois,
La tremblante illusion de la chair,
Les hauts mystères de la science
Par laquelle l’homme lucide
Arrive à racheter son esprit !
II.
Bénie soit la langue immaculée,
Seule capable de procurer à l’homme
Quelque bonheur,
Quelque songe d’absolu !
III.
Tu m’as fait voir l’étrange plaisir
Que peut offrir la douleur.
J’ai compris, Maître,
Qu’à l’égal de l’être humain
Sont uniques tous les éléments,
Tous les mouvements de l’univers.
IV.
Dans ma vieillesse,
Dans mon année ultime,
Si la grâce des dieux m’est accordée,
Je m’incarnerai en chinkara,
En cette gazelle belle et docile
Qui, aimée par tous les vivants,
Gambade, joyeuse et sereine, par les prairies fleuries
Et prend son calme repos au milieu
Des lourdes herbes folles.
V.
Ô Vishnou,
Praeclarum custodem ovium !
VI.
Ô, Maître,
La raison apprend à l’homme sa petitesse !
VII.
Ô soubresauts des arbres
Dans l’avalanche azuréenne
Du ciel matinal !
Vents délicats qui dépliez
Les voiles des forêts intactes
Et la soie souple et fraîche de leurs feuilles !
Mains aurorales des femmes
Qui parlent de caresses, d’offrande,
De la douceur de la nuit accueillante !
VIII.
Je me lève le matin, je salue l’air,
Je m’incline devant l’élégance des montagnes,
Puis, ayant purifié mon corps
D’eau lustrale,
Je m’assieds,
J’ouvre et lis
Le Shabda-Vânî, notre livre sacré.
Je récite, le cœur battant, prosterné ou à genoux
Ses 120 versets de lumière
Pour remplir de la suavité des dieux
Chaque instant de la dure journée qui m’attend !
IX.
Je sais, Maître,
Que ce qui rend l’homme noble,
C’est de savoir, à la lumière de sa conscience,
Le mal qu’il fait ou peut faire, et donc d’y renoncer.
Ainsi mon âme exerce la dévotion envers
Le Dieu des dieux !
Mhe sare na bheta sîkh na puchhi, nîrat surat sab jani,
« Je n'ai jamais été disciple d'une école pour demander la connaissance.
Mais j'ai su la piété en consacrant mon moi à Dieu » !
Ja ja daya na maya, ta ta vikram kya,
« Là où la compassion et l'amour ne sont pas présents,
les bonnes œuvres ne peuvent arriver ».
X.
Qu’est d’autre l’être qu’un acte ?
Les étoiles ne s’éteignent jamais
Dans le ciel transparent
Des cœurs aimants !
Ah, Maître,
Comme j’aime la relation affectueuse des syllabes
Et des mots !
Je les chéris jusqu’en mon fond !
Ordre, unité, suffisance
Qui s’associent au sens intime de la vie !
XI.
Ô poèmes, rivières secrètes
De nos mémoires !
Par vous, je ne me convertirai jamais à mes limites
Ni à ma finitude,
Car des choses non sues, impénétrables
Emouvantes pour l’esprit, persistent
À vivre au-delà de mon maigre moi,
Continuent à renflammer l’éther.
Eternité de la matière,
Magiques réminiscences de nos cœurs !
Fines, déliées, ondoyantes pensées
Qui accompagnent
Les récitations de mes lèvres !
XII.
« L'intrépidité, la purification intérieure,
la fermeté à acquérir la science, la libéralité,
la maîtrise de soi, la réalisation de sacrifice,
l'étude sacrée, l'austérité, la simplicité !
L'ahimsâ, la non-violence universelle,
la véracité, la patience, le renoncement,
le calme, la sincérité,
la compassion envers toutes les créatures,
le désintéressement, la tendresse,
la pudeur, la détermination tranquille,
la force, l'endurance, la volonté, la pureté,
l'indulgence, la modestie, tels sont, ô Bhârata,
les traits de qui est qualifié pour une destinée divine. »
Ô Bhagavad Gita !
Il n’y a pas d’imperfection là où la main de l’aurore
Se pose pour se reposer
De tant d’émotions obscures !
Dormir, oui, dormir
Avec l’âme du monde
La tête abandonnée
Sur l’oreiller du temps amical,
Loin des tempêtes des chambres solitaires !
XIII.
Et toi, femme éternelle, Amrita Dévi,
Décapitée pour avoir voulu sauver la vie sacrée d’un arbre !
Tes filles et toutes ces femmes mortes
Pour que la vie soit rendue à la vie !
XIV.
Comme tout est beau
Quand bruissent à la fenêtre les pins musiciens,
Quand, dans les pinèdes luxuriantes
Les oiseaux disent leur amour
A l’aurore et au monde !
Des grues de perle blanches
Dans le ciel de brocart bleu !
Pouvoir mystique de la blancheur,
Indéclinables mots de l’Amour!
Et toi, félicité
Des âmes touchées par la grâce,
Image qui nie et affirme
La réalité de l’univers
Dans sa plus exacte plénitude !
Antique unité des eaux des mers,
Je ne suis que tremblement,
Sollicitude,
Vénération
Et Poésie !
Athanase Vantchev de Thracy
Paris, février 2012
Glose :
Les Bishnoïs (ou Vishnoï) : de bish, « vingt » et noï, « neuf » en rajasthani, une forme dialectale du hindi. Ce sont les membres d'une communauté vishnouïte créée par le maître, le guru Jambeshwar Bhagavan, appelé communément Jambaji (1451-1536), surtout présente dans l'État du Rajastan. Les Bishnoïs sont des hindous vashnav qui suivent vingt-neuf principes (chahad), d'où leur nom édicté par leur gourou. Ils se caractérisent par leur végétarisme, leur strict respect de toute forme de vie, leur protection des animaux ainsi que des arbres, leur adoption d'une tenue vestimentaire particulière. Ce sont les rares hindous à enterrer leurs morts pour éviter de couper le bois.
La gazelle indienne ou chinkara (Gazella bennettii) est particulièrement vénérée par les Bishnoïs. Leur maître Jambeshwar Bhagavan leur avait déclaré qu'il se réincarnerait indéfiniment en chinkara après sa mort. Sa présence signale souvent un village ou un temple proche de la communauté où on la trouve déambulant en toute confiance entre les maisons. Il arrive souvent encore de nos jours que les femmes bishnoïes allaitent les faons orphelins de cette espèce.
Le Shabda-Vânî, ou Guru-Vani, est le livre saint de la sampradaya, une forme parmi d'autres du vishnavisme. Il contient 120 versets, récités pour le culte domestique ou au temple. On y trouve la volonté d'épargner et de protéger toutes les créatures.
Le sacrifice d'Amrita Devi et des autres Bishnois
La communauté bishnoïe a connu de graves problèmes lorsque le monde extérieur a pu mettre à mal leurs principes.
Elle garde ainsi en mémoire un événement qui se déroula en 1730 lorsque le mahârâja Ajit Singh de Jodhgpur envoya des coupeurs de bois (ses soldats) dans les villages pour couper les gros arbres, notamment les khejri, parmi les plus fameux du désert : il avait besoin de bois pour alimenter ses fours à chaux dans le cadre d'un vaste chantier de rénovation de son palais.
Ses hommes se rendirent sur les terres bishnoïes pour abattre des arbres : les Bishnoïs sortirent de leur village et leur demandèrent de ne pas dévaster les forêts, expliquant que c'était contraire à leurs préceptes religieux.
Le maharadja confirma son ordre et les soldats se mirent à couper. Une femme de la communauté, Amrita Dévi, ainsi que ses filles et d'autres femmes, s'interposèrent pour leur interdire cet abattage, entourant chacune un arbre de leurs bras.
Puis hommes, vieillards, jeunes suivirent l'exemple des femmes. Tous prirent un arbre à bras le corps et les soldats coupèrent, mutilèrent, sans distinction, les arbres et les Bishnoïs. En tout, 363 personnes furent ainsi massacrées pour avoir tenté de protéger les arbres.
Il n'existe pas d'autre exemple dans l'histoire humaine, et dans le reste du monde, où des êtres humains offrirent leur vie pour sauver la vie des arbres.
Suite au massacre, le roi de Jodhpur, ayant appris le nombre de victimes et afin d'honorer le courage des Bishnoïs, ordonna que les zones habitées par ces derniers devinssent sacrées et qu'en ces lieux nul homme étranger à leur religion ne manquât de respect à leurs 29 commandements.
Praeclarum custodem ovium : expression latine qui signifie “excellent protecteur des brebis”.
À Jambeshwar Bhagavan
« Roop anoop ramu pinde brahande, ghat ghat aghat rahayo,
(« Moi, la forme de Dieu, suis présente en toute chose,
laide ou superbe, visible ou invisible,
et j'erre en ce monde au sein de la plus petite des particules… »)
Chahad 19
I.
Maître,
Tu m’as appris le respect de toute forme de vie,
Tu m’as fait aimer la pure innocence des animaux,
La superbe élégance des arbres sacrés,
La divine humilité des fleurs qui réjouissent l’âme,
La transparence douce de l’eau
Et l’ondulation bleue du ciel.
Tu m’as appris, Maître,
La saveur inimitable de la terre sacrée,
La limpide austérité des lois,
La tremblante illusion de la chair,
Les hauts mystères de la science
Par laquelle l’homme lucide
Arrive à racheter son esprit !
II.
Bénie soit la langue immaculée,
Seule capable de procurer à l’homme
Quelque bonheur,
Quelque songe d’absolu !
III.
Tu m’as fait voir l’étrange plaisir
Que peut offrir la douleur.
J’ai compris, Maître,
Qu’à l’égal de l’être humain
Sont uniques tous les éléments,
Tous les mouvements de l’univers.
IV.
Dans ma vieillesse,
Dans mon année ultime,
Si la grâce des dieux m’est accordée,
Je m’incarnerai en chinkara,
En cette gazelle belle et docile
Qui, aimée par tous les vivants,
Gambade, joyeuse et sereine, par les prairies fleuries
Et prend son calme repos au milieu
Des lourdes herbes folles.
V.
Ô Vishnou,
Praeclarum custodem ovium !
VI.
Ô, Maître,
La raison apprend à l’homme sa petitesse !
VII.
Ô soubresauts des arbres
Dans l’avalanche azuréenne
Du ciel matinal !
Vents délicats qui dépliez
Les voiles des forêts intactes
Et la soie souple et fraîche de leurs feuilles !
Mains aurorales des femmes
Qui parlent de caresses, d’offrande,
De la douceur de la nuit accueillante !
VIII.
Je me lève le matin, je salue l’air,
Je m’incline devant l’élégance des montagnes,
Puis, ayant purifié mon corps
D’eau lustrale,
Je m’assieds,
J’ouvre et lis
Le Shabda-Vânî, notre livre sacré.
Je récite, le cœur battant, prosterné ou à genoux
Ses 120 versets de lumière
Pour remplir de la suavité des dieux
Chaque instant de la dure journée qui m’attend !
IX.
Je sais, Maître,
Que ce qui rend l’homme noble,
C’est de savoir, à la lumière de sa conscience,
Le mal qu’il fait ou peut faire, et donc d’y renoncer.
Ainsi mon âme exerce la dévotion envers
Le Dieu des dieux !
Mhe sare na bheta sîkh na puchhi, nîrat surat sab jani,
« Je n'ai jamais été disciple d'une école pour demander la connaissance.
Mais j'ai su la piété en consacrant mon moi à Dieu » !
Ja ja daya na maya, ta ta vikram kya,
« Là où la compassion et l'amour ne sont pas présents,
les bonnes œuvres ne peuvent arriver ».
X.
Qu’est d’autre l’être qu’un acte ?
Les étoiles ne s’éteignent jamais
Dans le ciel transparent
Des cœurs aimants !
Ah, Maître,
Comme j’aime la relation affectueuse des syllabes
Et des mots !
Je les chéris jusqu’en mon fond !
Ordre, unité, suffisance
Qui s’associent au sens intime de la vie !
XI.
Ô poèmes, rivières secrètes
De nos mémoires !
Par vous, je ne me convertirai jamais à mes limites
Ni à ma finitude,
Car des choses non sues, impénétrables
Emouvantes pour l’esprit, persistent
À vivre au-delà de mon maigre moi,
Continuent à renflammer l’éther.
Eternité de la matière,
Magiques réminiscences de nos cœurs !
Fines, déliées, ondoyantes pensées
Qui accompagnent
Les récitations de mes lèvres !
XII.
« L'intrépidité, la purification intérieure,
la fermeté à acquérir la science, la libéralité,
la maîtrise de soi, la réalisation de sacrifice,
l'étude sacrée, l'austérité, la simplicité !
L'ahimsâ, la non-violence universelle,
la véracité, la patience, le renoncement,
le calme, la sincérité,
la compassion envers toutes les créatures,
le désintéressement, la tendresse,
la pudeur, la détermination tranquille,
la force, l'endurance, la volonté, la pureté,
l'indulgence, la modestie, tels sont, ô Bhârata,
les traits de qui est qualifié pour une destinée divine. »
Ô Bhagavad Gita !
Il n’y a pas d’imperfection là où la main de l’aurore
Se pose pour se reposer
De tant d’émotions obscures !
Dormir, oui, dormir
Avec l’âme du monde
La tête abandonnée
Sur l’oreiller du temps amical,
Loin des tempêtes des chambres solitaires !
XIII.
Et toi, femme éternelle, Amrita Dévi,
Décapitée pour avoir voulu sauver la vie sacrée d’un arbre !
Tes filles et toutes ces femmes mortes
Pour que la vie soit rendue à la vie !
XIV.
Comme tout est beau
Quand bruissent à la fenêtre les pins musiciens,
Quand, dans les pinèdes luxuriantes
Les oiseaux disent leur amour
A l’aurore et au monde !
Des grues de perle blanches
Dans le ciel de brocart bleu !
Pouvoir mystique de la blancheur,
Indéclinables mots de l’Amour!
Et toi, félicité
Des âmes touchées par la grâce,
Image qui nie et affirme
La réalité de l’univers
Dans sa plus exacte plénitude !
Antique unité des eaux des mers,
Je ne suis que tremblement,
Sollicitude,
Vénération
Et Poésie !
Athanase Vantchev de Thracy
Paris, février 2012
Glose :
Les Bishnoïs (ou Vishnoï) : de bish, « vingt » et noï, « neuf » en rajasthani, une forme dialectale du hindi. Ce sont les membres d'une communauté vishnouïte créée par le maître, le guru Jambeshwar Bhagavan, appelé communément Jambaji (1451-1536), surtout présente dans l'État du Rajastan. Les Bishnoïs sont des hindous vashnav qui suivent vingt-neuf principes (chahad), d'où leur nom édicté par leur gourou. Ils se caractérisent par leur végétarisme, leur strict respect de toute forme de vie, leur protection des animaux ainsi que des arbres, leur adoption d'une tenue vestimentaire particulière. Ce sont les rares hindous à enterrer leurs morts pour éviter de couper le bois.
La gazelle indienne ou chinkara (Gazella bennettii) est particulièrement vénérée par les Bishnoïs. Leur maître Jambeshwar Bhagavan leur avait déclaré qu'il se réincarnerait indéfiniment en chinkara après sa mort. Sa présence signale souvent un village ou un temple proche de la communauté où on la trouve déambulant en toute confiance entre les maisons. Il arrive souvent encore de nos jours que les femmes bishnoïes allaitent les faons orphelins de cette espèce.
Le Shabda-Vânî, ou Guru-Vani, est le livre saint de la sampradaya, une forme parmi d'autres du vishnavisme. Il contient 120 versets, récités pour le culte domestique ou au temple. On y trouve la volonté d'épargner et de protéger toutes les créatures.
Le sacrifice d'Amrita Devi et des autres Bishnois
La communauté bishnoïe a connu de graves problèmes lorsque le monde extérieur a pu mettre à mal leurs principes.
Elle garde ainsi en mémoire un événement qui se déroula en 1730 lorsque le mahârâja Ajit Singh de Jodhgpur envoya des coupeurs de bois (ses soldats) dans les villages pour couper les gros arbres, notamment les khejri, parmi les plus fameux du désert : il avait besoin de bois pour alimenter ses fours à chaux dans le cadre d'un vaste chantier de rénovation de son palais.
Ses hommes se rendirent sur les terres bishnoïes pour abattre des arbres : les Bishnoïs sortirent de leur village et leur demandèrent de ne pas dévaster les forêts, expliquant que c'était contraire à leurs préceptes religieux.
Le maharadja confirma son ordre et les soldats se mirent à couper. Une femme de la communauté, Amrita Dévi, ainsi que ses filles et d'autres femmes, s'interposèrent pour leur interdire cet abattage, entourant chacune un arbre de leurs bras.
Puis hommes, vieillards, jeunes suivirent l'exemple des femmes. Tous prirent un arbre à bras le corps et les soldats coupèrent, mutilèrent, sans distinction, les arbres et les Bishnoïs. En tout, 363 personnes furent ainsi massacrées pour avoir tenté de protéger les arbres.
Il n'existe pas d'autre exemple dans l'histoire humaine, et dans le reste du monde, où des êtres humains offrirent leur vie pour sauver la vie des arbres.
Suite au massacre, le roi de Jodhpur, ayant appris le nombre de victimes et afin d'honorer le courage des Bishnoïs, ordonna que les zones habitées par ces derniers devinssent sacrées et qu'en ces lieux nul homme étranger à leur religion ne manquât de respect à leurs 29 commandements.
Praeclarum custodem ovium : expression latine qui signifie “excellent protecteur des brebis”.
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