mercredi 19 août 2009

LA GROTTE DE KHOUMARA

LA GROTTE DE KHOUMARA

A Ali Hustieev

Qui, qui, mon Prince tcherkesse, grava sur la pierre,
D’une main illuminée, guidée par le Génie,
Les deux cavaliers et leurs chevaux exquis,
Le chien, le renne, les lignes des silhouettes solaires ?

Athanase Vantchev de Thracy

Paris, le 19 août 2009

Glose :

La grotte de Khoumara se trouve sur la rive droite du fleuve Kouban, près de la ville de Tcherkessk. Une grande partie des dessins gravés est inaccessible à la suite de l'éboulement des roches. Les dessins représentent une scène de chasse (deux cavaliers accompagnés d'un chien poursuivant un renne) et quelques silhouettes d'animaux (chiens, rennes). Datation de l'ensemble : VIe-VIIIe siècles ap. J.-C. Il semble qu'il s'agisse de dessins à caractère magique, analogues aux grottes à offrandes des chasseurs svanètes du Moyen Age.

Svanètes (n.m.pl.) : peuple habitant la Svanétie. La Svanétie est une haute vallée du Caucase culminant à 2000 mètres, au pied de l'Elbrouz. Aujourd'hui, perdue entre la Géorgie, la Tchétchénie, le Daghestan et l'Ossétie. Perdue entre des guerres civiles résultant de la décomposition de l'Union Soviétique. Perdue entre ces pays où les seigneurs de la guerre sont toujours aussi présent qu'il y a mille ans. La Svanétie, au carrefour de l'Orient asiatique, de l'Orient musulman, de l'Occident orthodoxe et païen, est la pointe avancée de l'Europe dans un monde chaotique. La seule route construite le fut dans les années vingt, par des hommes voulant exporter la Révolution aux confins de la civilisation. Mais, en voyant la civilisation arriver, les hommes montèrent plus haut, toujours plus haut. Et ceux qui arrivent en Svanétie voient quantités de petits villages, d'où s'élèvent de hautes tours où se recueillent les hommes avant de partir à la chasse. Car avant de prélever leur tribut sur la nature, les hommes doivent entrer en communion avec elle. Ce pays, d'où est originaire le mythe de la Toison d'Or, n'est recouvert que d'un mince vernis chrétien. On sacrifie des béliers et on fait des voeux sur les branches des arbres, on communie grâce aux animaux. Le Cerf est considéré comme une force élémentaire de la nature.

Les Svanètes sont des êtres fiers. Ils ne vivent pas à notre époque. Ils ne vivent même pas dans le passé. Ils vivent dans une enclave d'espace et de temps, rythmée par le cycle des saisons, par les récoltes et par la chasse. Ils n'ont été domptés ni par Alexandre, ni par le christianisme, ni par les Grands Russes, et encore moins par les bolcheviks. Les conquérants et les croyances passent, mais toujours restent les Svanètes, ce peuple humble, resté près de la terre nourricière et de ses croyances originelles.

Les Svanètes sont des gens pieux. Ils possèdent beaucoup d'églises, placées sur des hauteurs ou dans la forêt. Régulièrement, les Svanètes s'y rendent à pieds, par de petits sentiers de terre serpentant le long des pentes, et ils sacrifient un animal au saint du lieu. Ils ont leurs propres saints. Et, parfois, ils sortent des églises où de certaines tours leurs icônes. Leurs icônes. Ce sont de fines feuilles d'or ou d'argent travaillées par un poinçon, et décrivant en relief les récits éternels de la chrétienté, la geste des héros du christianisme : la Vierge et le Christ, saint Georges et les saints locaux. Chaque église, chaque tour où sont gardées les icônes a son propre gardien, qui ne sort les icônes qu'une fois l'an, pour les exposer au soleil. Ce soleil auquel les Svanètes vouent un culte particulier, et qui fit resplendir jadis la fameuse Toison d'Or. Car chaque mythe, chaque symbole a un écho dans la réalité. Ici, on raconte qu'il y a bien longtemps, on trempa une toison de bélier dans une rivière. Et, quand on vint la chercher, elle était d'or, car les pépites véhiculées par la rivière s'étaient prises dans les poils de la toison. Depuis, tremper la peau des béliers sacrifiés est devenu une tradition.

Au-dessus de la Svanétie, il y a l'Elbrouz, recouvert de neiges éternelles. L'Elbrouz, le toit de l’Europe, est un lieu de légendes. Les Svanètes racontent qu'il y a fort longtemps un gigantesque oiseau de feu se posa sur cette montagne, et s'y endormit. Ils croient qu’un jour il se réveillera et s'envolera, laissant derrière lui une longue traînée de feu.

mardi 18 août 2009

TCHERKESSK

TCHERKESSK

A Ali Hustieev
”I remember, I remember The house where I was born.”

(“Je me rappelle, je me rappelle
La maison où je suis né… »)

Thomas Hood

Ma ville natale, mon cœur, je reviens à toi
Comme l’hirondelle revient au nid de sa naissance,
Ici reposent nos pères, ici ma douce enfance
Connut des aubes d’iris, des jours chargés d’émoi.

Athanase Vantchev de Thracy

Paris, le 18 août 2009

Glose :

Tcherkessk (en russe : Черкесск) est la capitale de la république de Karatchaïévo-Tcherkessie qui fait partie de la Fédération de Russie. Elle est située dans le Caucase, sur le fleuve Kouban, à 1 320 km au sud de Moscou. La ville comptait 116 309 habitants en 2008.

Fondée en 1804 sous le nom de Batalpachinskaïa (1804-1931), la ville s'est successivement appelée Batalpachinsk (1931-1934), Soulimo (1934-1937), Iejovo-Tcherkessk (1937-1939), puis simplement Tcherkessk depuis 1939.

Thomas Hood (1799-1845) : poète anglais. Fils d'un éditeur londonien d'origine écossaise, il étudia la gravure et dirigea en second le London Magazine. Hood écrivit des recueils de poèmes qui connurent un grand succès. Suite à une situation financière précaire et de nombreux ennuis de santé, il mourut le 3 mai 1845. Hood était surtout apprécié pour ses vers comiques et satiriques, faits de jeux de mots et de quiproquos. Cependant les vers émus et profonds qu'il composa avant de mourir restent aujourd'hui parmi ses chefs-d'œuvre : The Song of the Shirt (1843), The Bridge of Sighs (1844).

lundi 17 août 2009

FÊTE DE L'ASSOMPTION

FÊTE DE L’ASSOMPTION

(Sonnet)

A Mariane Faugeras Poupard

« Honore avec pureté la Vierge, avec sincérité la Mère, avec splendeur l’Epouse, avec gloire la Glorifiée, de manière surnaturelle Celle qui est sur le monde : purs avec ce qui convient à la Pure, avec dévotion envers notre Dame, avec un service respectueux nous célébrons splendidement la Reine. »

Saint Jean Mauropode,
Homélie sur la Dormition de la Vierge

« Le tombeau et la mort furent impuissants à saisir la Mère de DieuQui jamais ne se lasse d'intercéder pour nous ;Elle est notre espérance et notre protection.Car Elle est la Mère de la Vie,Elle a été transférée à la vie par Celui qui a demeuré dans son sein virginal. »

Hymne de l’Eglise orthodoxe dédié à la Dormition de la Vierge

« Enfin la Vierge immaculée, préservée par Dieu de toute atteinte de la faute originelle, ayant accompli le cours de sa vie terrestre, fut élevée corps et âme à la gloire du ciel, et exaltée par le Seigneur comme la Reine de l'univers, pour être ainsi plus entièrement conforme à son Fils, Seigneur des seigneurs, victorieux du péché et de la mort. »

Constitution dogmatique Lumen gentium du concile Vatican II (1964) sur l’Assomption de a Vierge

La lourde légèreté des lys dans le jardin,
L’intime simplicité, la gravité de l’heure
Et cette intime clarté qui envahit le cœur
Et fait frémir d’amour les feuilles, l’éther, mes mains.

Ô Fête de toutes les fêtes, ô douce Assomption
Qui ouvre le ciel comme un calice sacré
Que les Archanges de l’air emplissent d’éternité,
Touchés dans leur essence par cette accession.

Ô Mère de Dieu, récris la page de mon destin
Avec des mots sublimes comme l’aire du Zodiaque
Et rends le temps céleste à mes pupilles opaques

Et la musique des sphères à mes mystiques refrains !
Toi, l’Epouse, la Gloire, la Grâce, la Piété,
Le Livre de la Vie, l’Abîme de la Beauté !

Athanase Vantchev de Thracy

A Paris, ce samedi 15 août, Anno Gratiae MMIX

Glose :

I. Eglise catholique :

Assomption (n.f.) : du verbe latin assumere, « prendre, enlever ». Dogme de l’Eglise catholique romaine selon lequel, au terme de sa vie terrestre, la Mère de Jésus aurait été « élevée au ciel ».

L'Assomption est aussi le nom de la fête catholique célébrant l'assomption de Marie, le 15 août.

La croyance en l'Assomption de Marie ne repose sur aucune base scripturaire ni sur aucun texte des premiers temps de l'Église. Au IVe siècle, le Père de l’Eglise, saint Epiphane de Salamine (315-403) souligne que nul ne sait ce qu'il est advenu de Marie à la fin de sa vie. La tradition à ce sujet n'est pas attestée avant le Ve siècle. En Occident, saint Grégoire de Tours (539-594) est le premier à en faire mention, à la fin du VIe siècle. Il s'appuie apparemment sur un corpus de textes apocryphes, appelés collectivement le Transitus Mariæ, généralement rattaché au Ve siècle et qui provient peut-être d'Égypte. Faussement attribué au Père de l’Eglise, saint Méliton de Sarde (IIe siècle), il est explicitement condamné par le Pape d’origine berbère Gélase Ier en 495-496, avec d'autres écrits apocryphes. Selon cette tradition, Marie rencontre sur le mont des Oliviers un ange qui lui remet une palme de l’arbre de Vie et lui annonce sa mort prochaine. Marie rentre chez elle et fait part de la nouvelle à son entourage. Miraculeusement, les apôtres reviennent des différents endroits où ils sont partis prêcher, afin de l'entourer. Jésus apparaît entouré d'anges pour recevoir l'âme de sa mère, qu'il confie à l'archange Michel. Les apôtres enterrent le corps au pied du mont des Oliviers. Quelques jours plus tard, Jésus apparaît de nouveau et emporte le corps au Paradis, où l'âme et le corps de Marie sont réunis.

En Orient, le Père et Docteur de l’Eglise, saint Jean Damascène (vers 676-749) rapporte la tradition de l'Église de Jérusalem à ce sujet: selon lui, Juvénal, évêque de Jérusalem, se voit demander lors du concile de Chalcédoine le corps de Marie par le couple impérial, Marcien et Pulchérie. Juvénal répond que Marie est morte entourée de tous les apôtres, sauf Thomas, qui est en retard. À son arrivée, quelques jours plus tard, Thomas demande à voir la tombe, mais celle-ci s'avère vide ; les apôtres en déduisent alors qu'elle a été emportée au ciel.
Une autre tradition rapporte que l'Assomption a lieu à Ephèse, dans la maison connue aujourd'hui comme la « Maison de Marie », accompagnée de l'apôtre Jean, à qui le Christ, sur la Croix, avait confié sa mère. La première allusion attestée ne date que de la fin du IXe siècle, dans un manuscrit syriaque qui rapporte que Marie suit Jean à Éphèse et qu'elle y meurt. Les seules autres sources sont trois auteurs syriaques des XIIe et XIIIe siècles.

Quoi qu'il en soit les catholiques ont adopté cette croyance avec ferveur. En France, le roi Louis XIII consacre son royaume à la Vierge en 1638 et demande que cette consécration soit commémorée à chaque fête de l'Assomption. Le 15 août est toujours la fête nationale des Acadiens (les Acadiens descendent des colons européens établis au bord de la baie de Fundy au Canada dès la fondation de l'Acadie en 1604). En France, elle demeure la fête patronale de nombreux villages ; les églises ou cathédrales dédiées à Notre-Dame de l’Assomption sont nombreuses, et le 15 août est le jour le plus important de l'année à Lourdes.

La République française en a fait un jour férié.

Le 1er novembre 1950, l'Assomption de Marie est établi sous forme de dogme par la constitution apostolique Munificentissimus Deus du pape Pie XII. La constitution dogmatique Lumen gentium du concile Vatican II (1964) énonce :
« Enfin la Vierge immaculée, préservée par Dieu de toute atteinte de la faute originelle, ayant accompli le cours de sa vie terrestre, fut élevée corps et âme à la gloire du ciel, et exaltée par le Seigneur comme la Reine de l'univers, pour être ainsi plus entièrement conforme à son Fils, Seigneur des seigneurs, victorieux du péché et de la mort. »

II. Eglise orthodoxe :

La Dormition de la Mère de Dieu dans l'Église orthodoxe :

L’Eglise orthodoxe célèbre, le 15 août, la Dormition de la Mère de Dieu, c'est-à-dire sa mort, entourée des apôtres, sa résurrection et sa glorification. C'est l'une des 12 grandes fêtes de l'Église orthodoxe et la dernière du calendrier liturgique, la première étant la Nativité de la Vierge (le 8 septembre). Il y est proclamé que Marie a été « élevée par Dieu jusqu'au Royaume céleste du Christ dans la plénitude de son existence, spirituelle autant que corporelle ». Marie, selon la tradition de l'Église orthodoxe, serait montée au Ciel dans son corps, ce qu'elle appelle l'Assomption de la même manière que l'Église catholique. Cet événement est compris comme les prémices de la résurrection des corps, qui, selon la croyance de l'Église orthodoxe, aura lieu lors du Second avènement du Christ, comme l'exprime le théologien Vladimir Lossky (1903-1958) : « Si Elle resta encore dans le monde, si Elle se soumit aux conditions de la vie humaine jusqu'à accepter la mort, c'est en vertu de sa volonté parfaite, dans laquelle elle reproduisit la kénose (humiliation) volontaire de son Fils. Mais la mort n'avait plus d'emprise sur Elle : comme son Fils, elle est ressuscitée et montée au Ciel, première hypostase humaine qui réalisa en Elle la fin dernière pour laquelle fut créé le monde. » .

La fête est précédée, dans la tradition orthodoxe, d'un carême, c'est-à-dire d'un jeûne strict de 14 jours (à l'exception du jour de la fête de la Transfiguration, le 6 août, où il est permis de manger du poisson).

Si la célébration de la Dormition est très proche de la fête catholique de l'Assomption, elle n'en diffère pas moins sur certains points. La différence s'opère précisément par le fait que l'Église catholique associe, dans sa définition de l'Assomption de la Vierge (donnée ci-dessus), le dogme de l’Immaculée conception rejeté par l'Église orthodoxe. Selon la tradition orthodoxe, Marie est réellement morte, par la nécessité de sa nature humaine mortelle, liée à la corruption de ce monde après la Chute (en cela elle est solidaire de l'humanité), et a été ressuscitée par son fils comme la Mère de Vie : elle est considérée comme participant à la vie éternelle du Paradis. L'Église orthodoxe, de ce fait, adresse à la formulation catholique du dogme de l'Assomption les mêmes critiques qu'à celui de l’Immaculée Conception :

- d'une part, il est contraire à la foi des Pères de postuler la Très Sainte Mère de Dieu comme « préservée par Dieu de toute atteinte de la faute originelle » : ce serait en faire une personne à part du genre humain, supprimant toute liberté pour la Vierge Mère de dire « non », faisant perdre de ce fait sa valeur salvatrice à la réponse positive qu'elle fit à l'annonce de l'ange Gabriel : « Je suis la servante du Seigneur : qu'il me soit fait selon ta Parole ! » ;
- mais surtout postuler la Vierge Marie comme préservée du péché originel, c'est-à-dire sauvée par avance, serait la rendre hors d'atteinte de la mort – ce que laisse dans le vague le Catéchisme de l’Eglise catholique.

Saint Jean Mauropode (né vers l’an 1000 ap. J.-C.) : Mauropode, ainsi nommé pour la couleur sombre de son pied. Il dédia son activité à la vie religieuse et aux études, en vivant à l'écart de la cour de Constantinople. Il devint évêque d'Eucaita (ville peu éloignée d'Amasia, ville dans le Pont). Homme éloigné des intrigues, loin des honneurs, incapable d'adulation, il s'adonna à sa propre perfection spirituelle et culturelle. Il est considéré saint par l'Église orthodoxe qui le fête le 5 octobre. De son activité envers la Mère de Dieu, nous possédons une Homélie sur la Dormition et de nombreux Canons.

vendredi 14 août 2009

LE LIVRE DE LA GRÂCE

LE LIVRE DE LA GRÂCE

A Vram

« Das nunquam, semper promittis, Galla, roganti :
Si semper fallis, am, rogo, Galla, nega »)

(« Toujours tu me dis oui, Galla, puis te refuses.
Si oui veut dire non, de grâce, dis-moi non »)

Martial

Elle viendra un jour, splendide comme le printemps
Et tendre comme la brise dans les pétales des roses!
Ses yeux seront profonds et amples comme la glose
D’une épigramme écrite avec la dague du sang !

Athanase Vantchev de Thracy

Paris, le 14 août 2008

Glose :

Martial (Marcus Valerius Martialis – 40 – 104 ap. J.-C.) : un des plus grands poètes latins connus pour ses magnifiques Epigrammes.

Dague (n.f.) : probablement du latin daca, « épée de Dacie », actuelle Roumanie. Arme blanche courte à simple ou double tranchant. La dague était parfois placée dans la botte d'un chevalier pour se protéger si jamais il venait à tomber de son cheval.

LES NARTES

LES NARTES

A Ali Hustieev

Nous étions des Nartes, héros des temps antiques,
Epris de liberté, amis des étoiles,
Le temps nous a changés en ombres pastorales,
En livres solennels, en rituels magiques !

Athanase Vantchev de Thracy

Paris, le 14 août 2009

Glose :

Nartes (n.m.pl.) : héros semi divins du Caucase. Du sanskrit et de l’iranien nar, « homme guerrier » ce qui a donné en grec le mot anêr / ανήρ, « mâle, homme ».

On trouve chez les Nartes des traits caractéristiques des moeurs propres aux Scythes et aux Sarmates.

Scythes (n.m. pl.): en grec ancien Skùthai / Σκύθαι sont un ensemble de peuples nomades, d'origine indo-européenne, ayant vécu entre le VIIe et le IIIe siècle av. J.-C. dans les steppes eurasiennes. C'est une très vaste zone allant de l’Ukraine à Altaï. Les Perses désignaient ces mêmes peuples par le nom de Saka, francisé en Saces. Les sources assyriennes mentionnent les Saces dès 640 avant l'ère chrétienne.

La culture scythe est essentiellement connue grâce aux récits de l’historien grec, appelé « Père de l’Histoire », Hérodote (484/482 – 425 av. J.-C.), et, d'une manière générale, les connaissances que nous avons de ces peuples anciens nous proviennent en grande partie des Grecs. Les écrits d'Hérodote constituent véritablement une source d'information très riche, mais ce « coup de projecteur » jeté sur les Scythes d'Ukraine pourrait faire penser que le phénomène scythe était essentiellement européen. Il n'en est rien. Les Scythes ont joué un rôle aussi important en Asie centrale qu’en Europe. Pour les étudier, on dispose aussi des vestiges archéologiques : les nomades scythes nous ont légué leurs tombes, ainsi que des « pierres à cerfs », roches gravées de motifs animaliers. Le consensus scientifique actuel est que les Scythes parlaient une langue indo-européenne.

Sarmates (n.m.pl.) : ancien peuple scythique, appartenant sur le plan ethnolinguistique au rameau iranien septentrional du grand ensemble indo-européen. Ils étaient établis à l'origine entre le Don et l’Oural.

Les Sarmates protohistoriques, connus sous le nom de Sauromates participèrent aux expéditions des Scythes contre Darius au Ve siècle av. J.-C. Les Sarmates historiques apparaissent, selon l’historien grec Eudoxe de Rhodes, au IVe siècle av. J.-C., et s'étendent depuis l’Oural au détriment des Scythes européens. C'est aux IIIe et IIe siècles av. J.-C. que les Sarmates supplantent ces derniers en Ukraine. Leur poussée vers l'ouest se poursuit jusqu'au Ier siècle : on trouve leurs traces de la mer Baltique jusqu’à la mer Caspienne. À partir du Ier siècle av. J.-C., ils dominent la steppe européenne et se divisent en quatre grandes tribus : Iazyges, Urges, Roxolans et Scythes royaux qui reconnaissaient l'autorité d'un roi.

La culture sarmate semble avoir conféré une importance particulière aux femmes. Celles-ci étaient égales aux hommes en statut, guerrières et chasseresses. De nombreuses tombes féminines richement décorées et dotées d'armes corroborent cette idée pour les VIe et Ve siècles av. J.-C. Au IIe siècle ap. J.-C., une reine sarmate, Amagê, est également connue, indiquant une permanence de ce trait culturel.

À l'époque romaine, la célèbre cavalerie lourde sarmate, des lanciers cataphractaires (du grec kataphractos / κατάφρακτος, « enfermé dans une armure ») notamment représentés sur la colonne de Trajan à Rome, témoigne également de l'importance de la culture guerrière de ce peuple. Défensivement le cataphractaire portait une broigne (vêtement sur lequel sont fixés des renforts rigides appelés mailles ou macles /losanges/) ou une armure d’écailles nommée cataphracte. Il portait généralement un casque composite, fait de 4 à 6 lames rivées. On trouve cependant des casques composés de beaucoup plus de lames (10, 15, etc.) et des casques où les lames étaient lacées. Toutefois, cette défense corporelle n’était pas obligatoire. On trouve des représentations de cataphractaire chargeant sans aucune défense. Cela devait cependant être très exceptionnel. Aucun bouclier n’était porté par les cataphractaires, les mains étant prises par la lance.

jeudi 13 août 2009

KOUBAN, KOUBAN

KOUBAN, KOUBAN…

A Ali Hustieev

« Le fleuve qui roule et gémit dans la nuit
Reflète en son onde la lune qui luit »

André van Hasselt,
Chanson du Tcherkesse

Kouban, Kouban, mon fleuve, ami de mon enfance,
Pourquoi en transe, la nuit, je rode à la maison
En écoutant, en pleurs, les strophes de tes chansons
Limpides comme le ciel, candides comme l’innocence ?

Athanase Vantchev de Thracy

Paris, le 13 août 2009

Glose :

Kouban (n.m.) : en russe Кубань, fleuve long de 870 km qui coule dans le nord du Caucase. Sa source se trouve près du mont Elbrouz. Il se jette dans la mer d’Azov dont le nom antique était Palus Méotis, « Lac Méotide », c’est-à-dire « lac bordé de marais » à cause de sa faible profondeur d’à peine 10 m. Les principales villes qu’il traverse sont :

Karatchaïevsk – 20 000 habitants
Tcherkesk – 120 000 habitants
Nevinnomyssk – 130 000 habitants
Armavir – 200 000 habitants
Krasnodar – 720 000 habitants

Son nom grec était Hypanis / ‘'Υπανις.

Les principaux affluents sont issus des hautes terres du Caucase et confluent en rive gauche. Ce sont notamment :

1. Le Maly Zelentchouk
2. Le Bolchoï Zelentchouk
3. La Teberda
4. L’Ouroup
5. La Laba
6. La Belaïa
7. Le Pchich

André Van Hasselt (1806-1874) : poète belge. Après avoir fait des études de droit à l’Université de Liège, il vint, en 1833, s'établir à Bruxelles. Attaché d'abord à la Bibliothèque de Bourgogne en qualité d'auxiliaire du conservateur, il devint plus tard inspecteur provincial de l'enseignement primaire, puis inspecteur général des écoles normales.

Très jeune, il fut passionné par la poésie, se servant de préférence de la langue française, bien qu'elle ne fût pas sa langue maternelle. Le poème « Chanson du Tcherkesse » se trouve dans son recueil intitulé « Poèmes, paraboles, odes et études rythmiques » (1862).

mercredi 12 août 2009

ADIEU, AMI, ADIEU

ADIEU, AMI, ADIEU

A Rémy Chevalier

In Memoriam

« L’admirable vision de la fin n’a pas de fin. »

Père Bernard,
Exégète

Adieu, Ami, adieu, que Dieu accueille ton âme,
Docile et rayonnante comme celle d’un bel enfant,
Ô terre de France, habille son corps évanescent
De la soie des roses, de l’or des oriflammes !

Athanase Vantchev de Thracy

Paris, ce mercredi 12 août, Anno Domini MMIX

Nicolas, le fils de mon ami de jeunesse Rémy Chevalier, vient de m’annoncer, par un coup de téléphone, la tragique nouvelle. Je reste un instant consterné, abasourdi, accablé. Puis une tristesse, inconnue jusqu’à présent, se saisit de tout mon être. Une page de ma vie venait de saigner. Sit tibi terra levis, (Que la terre te soit légère), Rémy !

Glose :

Père Bernard : exégète, auteur d’un magnifique ouvrage intitulé « Le mystère de Jésus ».

Oriflamme (n.f.) : du latin aurea flamma, la « flamme d'or ». L'oriflamme est un petit étendard en forme de flamme fait d'un tissu de soie de couleur rouge orangé, sans broderie ni figure, fendu par le bas de 3 pointes, orné de houppes de soie verte, et suspendu au bout d'une lance dorée. Ce drapeau est monté sur une traverse avec attache. Utilisé pour porter les symboles nationaux, et autrefois comme ralliement dans les batailles médiévales.

C'était originairement la bannière de l’abbaye de Saint-Denis. Les comtes du Vexin la portaient à la guerre comme avoués de cette abbaye. Quand en 1077, Philippe Ier eut réuni le Vexin français au domaine royal, il hérita aussi du droit de porter l'oriflamme qui par la suite figura à côté de la propre bannière de France.

LES CHEVAUX DU CAUCASE

LES CHEVAUX DU CAUCASE

A Ali Hustieev

« Quam juvat audire immites ventos cubantem… »

(« Qu'il est agréable d'entendre les vents violents, en étant au lit… »)

Tibulle

Chevaux circassiens, chevaux de neige, de feu,
Plus beaux que l’âme des eaux où se reflète l’éther,
Rapides comme l’ouragan, fougueux comme le tonnerre
Et chers à notre cœur comme la splendeur des dieux !

Athanase Vantchev de Thracy

Paris, le 12 août 2009

Glose :

Tibulle (en Albius Tibullus – 54 av. J.-C. – 19 av. J.-C.) : un des plus grands poètes élégiaques latins, contemporain de Virgile et d’Horace. On ne connaît pas la vie de Tibulle. Tout ce qu'on sait de lui, c'est ce que nous en disent ses Élégies ainsi qu'un passage d’Horace et une biographie anonyme tardive.

Ether : à l'origine, Ether était un dieu primordial de la mythologie grecque, personnifiant les parties supérieures du ciel, ainsi que sa brillance et sa pureté. L'origine de la notion d'éther remonterait au pythagoricien Occelos : « Occelos de Lucanie et Aristote, aux quatre Éléments ont adjoint un cinquième corps, doté d'un mouvement circulaire et dont ils pensent qu'il est la matière des corps célestes » écrit dans son ouvrage Contre les mathématiciens, le philosophe, astronome et médecin grec Sextus Empiricus qui vécut au IIe siècle ap. J.-C.

Ouragan : de l’espagnol huracân, « tornade », lui-même emprunté à une langue des Antilles. Forte tempête caractérisée par un vent très violent dont la vitesse dépasse 120 km à l’heure, et spécialement par un vent cyclonal.

TRANSPARENCE (en anglais)

Je remercie mon ami, le grand poète anglais Norton Hodges, d'avoir traduit ce poème.

Transparency

For Ali Husteev
The satin smooth shadow lifts rippling hyacinths
Towards the stooping branches of the weeping willows –
Slowly all becomes love
Now that the heart is pure
And quiet.

Translated from the French of Athanase Vantchev de Thracy
August 2009-08-12

TRANSPARENCE

TRANSPARENCE

(διαφάνεια)

A Ali Hustieev

L’ombre satinée monte des jacinthes d’eau
Vers les branches pliées des saules pleureurs –
Lentement tout devient amour
Maintenant que le cœur est pur
Et paisible.

Athanase Vantchev de Thracy

Paris, le 12 août 2009

dimanche 9 août 2009

HUMILITE

HUMILITÉ

(ταπεινότης)

A Ali Hustieev

« Te totum applica ad textum, rem totam applica ad te »

(“Applique-toi tout au texte, et tout le texte applique-le à toi”)


Johannes Albrecht Bengel

Nous étions, mon Prince, amis du savoir,
Vous, exégète des signes, moi, poète des âmes,
Le haut Caucase veillait sur nos esprits en flammes
Dictant à nos doigts ses lettres de gloire !

Athanase Vantchev de Thracy

Marrakech, ce samedi 8 août 2009

Glose :

Ταπεινότης : mot grec qui signifie « humilité ».

Johann Albrecht Bengel (1687-1752) : éducateur et théologien luthérien souabe et une des plus éminentes figures du piétisme allemand. À la mort de son père survenue en 1693, l'éducation du jeune Bengel fut assurée par un ami qui sera plus tard maître au gymnase de Stuttgart. En 1703, Bengel quitta cette ville pour entrer à l’Université de Tübingen. Là il consacra son temps libre à l'étude des textes d’Aristote et de Spinoza et étudia en théologie les travaux de Philipp Spener, de Johann Arndt et d’August Francke. Sa connaissance de la métaphysique de Spinoza était telle qu'il se vit confier par l'un de ses professeurs la tâche de réunir le matériel nécessaire à la rédaction d'un traité intitulé De Spinosismo, qui sera par la suite publié. Après l'obtention de son diplôme, Bengel se voua à la théologie. Même à cette époque, il fut en proie au doute religieux. À la lumière de ses travaux ultérieurs, il apparaît que sa perplexité était liée à des réflexions sur l'authenticité de certains passages du Nouveau Testament grec. En 1707, Bengel fut ordonné prêtre et affecté à la paroisse de Metzingen. Durant les années qui suivirent, il fut rappelé au séminaire de Tübingen pour y assumer la charge de répétiteur et de tuteur en théologie. Il conservera ce poste jusqu'en 1713, date à laquelle il fut nommé à la tête du séminaire protestant de Denkendorf nouvellement créé, une école préparatoire en théologie.

Avant de prendre ses nouvelles fonctions, il visita une grande partie de l’Allemagne pour en étudier les systèmes d'éducation en vigueur tant dans les séminaires des jésuites que dans ceux des luthériens et des réformés. À Heidelberg, son attention fut attirée sur les canons de la critique des écritures publiés par Gérard De Maastricht. À Halle, il s'intéressa à l'ouvrage Anacrisis ad Apocalypsin de Campeius Vitringa. L'influence de ces lectures sur ses propres études théologiques se retrouvera ensuite dans certains de ses travaux. Pendant vingt huit ans, de 1713 à 1741, il fut le maître (Klosterpraeceptor) de la Klosterschule de Denkendorf, un séminaire accueillant des candidats au ministère, installé dans un ancien couvent des chanoines du Saint-Sépulcre (Chorherren vom Heiligen Grab).

Ces années correspondent à sa période de plus grande activité intellectuelle et à la production de nombreuses œuvres importantes. En 1741, il fut nommé prélat (c'est-à-dire surintendant général) à Herbrechtingen, où il resta jusqu'en 1749. À cette date, il fut élevé à la dignité de conseiller consistorial et d’abbé de l'église abbatiale d’Alpirsbach. Il s’y consacra à ses fonctions de membre du consistoire. Une question difficile occupait alors les tribunaux ecclésiastiques : celle de la manière de traiter ceux qui s'étaient séparés de l'église et du degré de tolérance qu'il convenait d'accorder aux réunions tenues chez des particuliers dans un but d'édification religieuse. Le pouvoir civil (le duc de Wurtemberg était catholique) penchait pour des mesures répressives, tandis que les membres du consistoire, constatant les effets positifs de ces réunions, étaient au contraire disposés à concéder une liberté considérable aux croyants. Bengel se rangea dans cette affaire du côté du consistoire. En 1751, l’Université de Tübingen lui conféra le diplôme de « docteur en divinité ».

La réputation de Bengel comme érudit et critique de la Bible repose sur son édition du Nouveau Testament grec et son célèbre Gnomon, commentaire exégétique de ce texte.

Bengel eut avec son épouse Johanna Regina douze enfants dont six seulement atteignirent l'âge adulte.

Exégète (n.m.) : du grec ancien exêgêtês / ’εξηγητής, « qui explique, qui interprète les oracles, les songes, les présages ». Commentateur des rites et des textes symboliques.
Mon ami, le grand poète péruvien Feliciani Mejia a traduit quelques-uns de mes poèmes en espagnol. Qu'il en soit remercié!


ANTOLOGÍA VANTCHEV



ATHANASE VANTCHEV DE
THRACY
TRADUCCIÓN



FELICIANO MEJÍA

DE

DULCES ATISBOS DEL CORAZÓN

DOUCES CLAIRVOYANCES DU COEUR



EL HOGAR ÍNTIMO
A REDA

“Como si mi mirada reencontrara la suya”
Ahmed Shawki,
Majnun Laïla

I

Avanzará usted vestido
del suave canto de las cigarras,
florecido de jazmín el corazón y el alma pleno
de miríadas de estrellas nuevas.

Precavido, sonriente y ligero
como si tuviera en vuestras manos
una preciosa copa de cristal celeste.

La tierna brisa nocturna
insuflará vida a la flama del cirio
encendido en la mesa puesta.

Usted llenará el cuarto
de los instantes cálidos
que dan a la tristeza
ese extraño sabor
de felicidad desconocida.

Ahí, donde la vida le puso,
ahí, donde el destino lo ordena
¡usted completará el gesto de la divina
Amistad!

¡Y las horas transidas de ternura
pasarán una a una
de vuestra alma
a la mía!


II

Vuestros gestos delicados
harán bacilar
los sonidos y los sentidos de las palabras
para enseñar a mis dedos
la transparencia fluvial del gozo.

Aquí será el centro votivo del mundo,
la cureña sideral de la vida,
donde la explosión de la desesperanza
será imposible para siempre.

El aire, entre nosotros,
será ese puente invisible
que une, en un encuentro festivo,
las dos orillas
de nuestras lejanas existencias.

¡Ah, mi Amigo,
todo este reino será oculto en los signos
como versos escritos al unísono!

París, 6 de julio de 2008.



LA ANCIANA CAMPESINA DE BULGARIA

“Sancti et justes, in Domio gaudete, alleluia.
Vos elegit Deus in haeritatem sibi, alleluia”

“Santos y justos, regocíjense en el Señor, aleluya.
Dios os ha elegido como herederos, aleluya”
Himno a los Mártires.

Eh ahí la anciana campesina de Bulgaria:
negro vestido,
cofia negra,
mandil negro,
medias y zapatos negros.

Ella lleva sobre sus robustos hombros
toda la ternura del amanecer de Tracia,
todos los rayos del sol que se disputan
la verdad de su inmenso amor.

Decidida camina hacia su campo:
Simple es su gozo como los yerbajos
que rozan su cuerpo seco,
apacible como la llanura donde riela,
profundo y tranquilo, el río milenario.

Seducidos por su bondad,
miles de insectos chispean en su derredor
en danza desenfrenada,
atraídos por la mansedumbre de su mirada,
la nueva luz repleta de oro
los surcos silenciosos de su rostro claro.

Finalmente, ella está ahí,
en el centro de su paraíso
de miles de perfumes imantados.

Lentamente, ella se arrodilla,
da gracias al Señor,
hace el signo de la cruz
sobre su pecho trémulo,
con ardor ofrece su alma
a la gran santa Virgen
y deja caer algunas lágrimas por sus muertos...

Cumplido el deber con el cielo, homenajeados los difuntos,
con una mano amorosa se pone a acariciar
los tiernos colores de los frutos
nacidos por la noche.

Y vibra su cuerpo como vibra su gratitud,
canta su corazón y siente un goce
similar al de Platón al tener entre sus manos
los textos de sus Diálogos.

El mismo fervor ilumina sus ojos, el fervor
que hacía llorar de éxtasis al joven Keats
apretando contra sus labios un soneto etéreo.

Alma,
lo puro, lo grácil, lo delicado
viven así de la misma manera
en todas las almas humildes y laboriosas.

¡Como átomos turbulentos,
la esencia divina imprime su movimiento armonioso
al conjunto innombrable de las galaxias!

París, 30 de junio de 2008.


TRES BOTONES DE PEONIAS Y UNA VISIÓN

a Robert Bly
* Una mujer canta en el otro lado del muro
una melodía de gozo en una ciudad desierta.


SOLLOZOS PÚRPURAS

In Memoriam James Osccco Anamaría

“Miras la noche, mi Astro: Ah, si fuera
el cielo de millones de ojos para contemplarte mejor”
PLATON

Esta tarde, mi adorado hermano,
los sollozos limitan el poder
de expresarte mi amor.

¡Hago ofrenda de la primavera de mis ojos
a tu muerte! ¡Te ofrezco
el satén del día por mortaja
y los suaves labios del año bisiesto
para cubrir con el velo de sus besos
la inocencia de tu rostro ensangrentado!

Tú y la inmortalidad, unidos hoy,
en el anillo de oro del tiempo,
aguijonean la muda soledad de tu pueblo.

Pálidas manos, ciegas pupilas
que dejasteis desplomarse el cuerpo esmeralda de estrella
al borde de la ruta
en la ausencia púrpura del Buen Samaritano.

¡Hermano, hermano de mi Palabra,
no, yo no se rezar por tu alma!
Con sus dedos abruptos
el dolor borró las sílabas de los salmos
de todos los altares de la memoria.

Y yo no conozco más
que la seráfica gramática de la Grande Caridad,
el alfabeto de los irrevocables Himnos del Amor,
la mística aritmética de la Devoción
en el antiguo Culto de los héroes.

¡Oh Madres, santas Madres del Perú,
vengan,
enciendan esta noche las velas de vuestros corazones,
extiendan
el ungüento y la luz de vuestra blanca misericordia
sobre el rubí enrojecido de esta boca asesinada!

Esa boca que ha cantado con las llamas de su sangre
la más bella oda
a la divina Libertad.

Y tú, Señor de la Paz,
avanza ligero, invisible y tierno
hacia el arpa de ese cuerpo de jazmín,
acércate Señor, y pon tus dedos irisados
sobre las cuerdas malogradas del corazón
del Poeta inmortal,
tu Amigo, tu Cantor,
tu Compañero,
tu Glorificador amoroso.

París, 9 de mayo de 2008.
El poeta peruano James Oscco Anamaría (1970-2005)
fue salvajemente asesinado por tortura.

TRES VIOLETAS
A Priscilla.

I

¡No, no la toquen, amores,
está tan bella, dormida con su vestido blanco!
¡No arruguen la luz de su rostro,
no doblen el ramo de amapolas
de sus labios apenas entreabiertos!

Ella duerme, amores,
déjenme, sí, déjenme
sentir su aliento de violetas blancas
sobre mis mejillas desesperadas
y admirar su tenue pecho de niña
que se eleva y desciende con dulzura
de una ola matinal paso a paso transida
por la brisa de la aurora.


II

¡Es tan grande la soledad, amores,
tan caliente la tristeza caída
sobre el blancor del mantel
que espera la sonrisa
de un ángel!


III

No, no tengas miedo, mi amor,
mi corazón vela tu sueño
precioso y frágil
como una tasa antigua
de traslúcida porcelana China.

¡No, no tengas miedo,
mi vibrante campánula!
Aquella que no tiene nombre.


IV

¡Yo soy la memoria y el cuerpo
de un sueño milenario,
la llave de una caja de secretos
que en vano busca abrir
la muerte!


V

Tu rostro luminoso
que palpita sobre la nieve del silencio
es un espléndido idioma
en sí mismo,
mi amor!

París, 4 de mayo de 2008.


LIRIO Y ROSAS DE LOS CIELOS

A mi tío Alexandre.

“Y entonces yo fui erigido
hombre en memoria mía”
José Ángel Valente.

Las sombras de nuestros muertos se alejan como velas
deslizándose sobre el cristal de las aguas del océano
y en su viaje final la noche inmensa
en su abrazo astral
las acoge sollozando.

París, este 2 de mayo, Anno Christi MMVIII.

Acoge, Señor, en tu corazón misericordioso, el alma lilial de mi bien amado tío Alexandre, muerto a la edad de 20 años. Mi padre Nicolás Vantchev de Thracy tuvo dos hermanos: Michael, el mayor y Alexandre, el menor. Alexandre tuvo un fin trágico.

THIGMONESTIE

THIGMONASTIE

A Ali Hustieev


Bleue sous le vert pomme des saules pleureurs,
La soierie chatoyante du lac,
Le murmure amène des sensitives
Et vous, mon Ami,
Qui cueillez de votre main rayonnante
Des petits brins de temps
Que vous jetez à la surface de l'eau vive.

Cercles de lumière autour de votre coeur,
Les mots que vous n'osez prononcer
Assignent un sens définitif à votre vie!

Le jour s'amenuise
Et vous refermez ses pages
Avec la délicatesse d'un baiser
Qui veut à jamais arrêter l’écoulement
Des heures !


Athanase Vantchev de Thracy

Marrakech, le 3 août 2009

Sensitive – Mimosa pudica (n.f.): arbrisseau rampant de 10 à 40 cm de haut pouvant atteindre dans la nature un peu plus d'un mètre, originaire du Brésil et largement naturalisé à travers le monde. Les branches sont épineuses et le feuillage est normalement persistant. Ces feuilles alternes ont la particularité de se replier au moindre choc (le vent, la pluie, le toucher...), ce qu'en jargon botanique, il convient d'appeler thigmonastie. Il s'agit de l'un des mouvements les plus spectaculaires du règne végétal !

Ce mouvement de repli permet de se protéger des intempéries, des prédateurs herbivores... (un rameau replié sur lui-même est moins appétissant et les feuilles sont ainsi moins exposées aux éventuelles dégradations naturelles). Une fois le calme revenu, les feuilles reprennent leur port. Des cellules spécialisées « motrices » situées sur l'axe de la feuille et du pétiole en sont responsables par un phénomène de migration d'eau (la cellule stimulée chasse l'eau engendrant le repli).

La floraison est estivale, les fleurs sont roses en pompons et globuleuses, suivies de gousses composées renfermant les graines. La plante se révèle être très épineuse au stade adulte.