lundi 28 février 2011

LE PRINTEMPS ARRIVE, LE BEAU PRINTEMPS (en français et en anglais)

LE PRINTEMPS ARRIVE, LE BEAU PRINTEMPS…

A Hrafn Andrés Hardarson

Ami des neige, Ami, ici les chèvrefeuilles
Emplissent l’azur léger de leur âme candide,
Le temps est comme un chant, dans les jardins splendides,
La brise tremblant d’amour, remue le cœur des feuilles.

Athanase Vantchev de Thracy


My translation into English :

THE SPRING ARRIVES, THE BEAUTIFUL SPRING…

To Hrafn Andrés Hardarson

Friend of snows, my Friend, here honeysuckles
Fill the light azure of their ingenious soul,
The weather is like a song, in the magnificent gardens,
The breeze trembling with love moves the heart of leaves.

Athanase Vantchev de Thracy

Ô, ÂME, COMBIEN LES PAROLES... (en islandais)

Ó SÁL MÍN, HVE ORÐ…


Handa Patricia Joan Jones



Máninn á aðra hönd, á hina er dögun:

Tunglið er systir mín, bróðir mín dögun.

Máninn til vinstri og til hægri er dögunin.

Góðan dag, bróðir minn: góða nótt, systir mín.



Hilaire Belloc,

Árla morguns



Ó sál mín, hve orð geta verið

feimin, hrædd, þögul,

þegar háfleygar súlur dögunar

þekja fljótin blíðlega fagurrauðu gulli!



Hvílík offylli meininga ofar meiningum

býr í birtunni sem þýtur um

huglausan skilning okkar!



Og hve þessi þekkingar hvöt, Ó sál mín, eykur

við glæsileik setningar ferskum, titrandi,

óvæntum ilmi auðmýktar!



Þannig lifum við í gleymsku kjarnans,

óminni sem ei lengur þarfnast nema hálfbirtu…

Og þegar við óvænt undrandi finnum

að fullkomin nákvæmni forns frasa

grípur alla veru okkar

ruglumst við af aðvarandi söngvum

skálda frá árþúsundum!



Stundum þyrlast inn í hjörtu okkar ógn þess að muna

ræðst inn fyrir lúin augnlokin með

blaktandi augnhárum,

og loftið, án þess að missa blómin sem það ber með sér,

titrar eins og uppáhalds bók

og fer um í birtu flöktandi lampans

sem einhver gleymdi að slökkva á.



Gefum við ekki borgum og ættjörðum

aðeins birtu tára okkar,

einlægni látbragðs okkar og barnslegra atlota?



En okkur ber að lifa af þessar blíðu fjarlægðir milli hugsana

jafnóðum og sorgin neyðir himininn til að skjálfa

og sígur tær meðal greina

íbygginna kirsuberjatrjánna!



Ó sál mín, hve orð geta verið

snjöll, í tærum hverfulleik sínum

þegar tíminn, eins og brosandi guð

án þess að snúa við,

líður burt frá nýfengnum örum okkar

syngjandi!

Traduit en islandais par Hrafn Andrés Hardarson

TRANSCENDANCE (en islandais)

ISLANDAIS :

YFIRHAFNING

„Sannleikurinn er Trúnni það sem eilífðin er Sköpuninni“.

Grískur heimspekingur

Þú myndir segja svo blíð orð, svo nístandi
að sál mín blómstraði á ný eins og
sæt akasía á sumri snortin fegurð
þöguls loftsins og kossum vindsins!


Þýtt hefur Hrafn Andrés Harðarson
Traduit en français par Hrafn Andrés Harðarson

TU ES, AMI SPLENDIDE (en islandais)

ISLANDAIS :

ÞÚ ERT, MINN GÓÐI VINUR

Þú ert, minn góði vinur, eins og tíminn þegar hann lætur
hjarta hugsunar og sál visku skjálfa,
eins og titringur laufsins þegar kvöldið í bríma sínum
þekur það kossum í einhverskonar guðlegu æði.

Traduit en islandais par Hrafn Andrés Hardarson

mardi 22 février 2011

JEAN-MARC PAMBRUN

JEAN-MARC PAMBRUN

A l’Ami Poète

I.

Ô, mon Ami, Fils des nénuphars roses,
Le cœur seul sait où il va !

On me dit que tu es mort !
Mort, toi, l’homme gai, hardi, pétillant,
L’homme à la tête d’aigle blanc !

Toi, l’adolescent impénitent
A la luxueuse allure de panthère,
Le Poète cher à mon cœur, à l’âme tissée
Des plus purs rayons du soleil,
Des plus claires eaux des océans !


II.

De tes doigts de mer bleue à ta bouche écarlate,
Cette magnificence de l’amour
Et ce paisible endormissement des larmes
Entre l’or des constellations de tes cils
Et le candide engouffrement du matin.

Toi, mon Ami, empli de la vitesse des vents de Polynésie !
Toi, la générosité parfaite,
La simplicité des âmes attentives
Aux sanglots des êtres candides !

J’aimais tant les silencieux rituels de tes gestes,
La clarté apaisée de ton beau regard,
L’intelligence sensible de ta mélancolie !

J’aimais, mon Ami,
Les inflexions chaudes de ta voix nombreuse,
Les étincellements farouches de tes regards,,
Les coulées volcaniques de ta brûlante passion !

III.

Dors à présent, Fils des terres somptueuses,
Dors dans les îles innombrables
De notre amour avec le chant sublime des abeilles
Déversé dans les calices solaires des fleurs exubérantes
De Tahiti !

Toi, orchidée éclose entre mes mains !

Dors dans les veines chaudes de notre tendresse,
Emporté vers l’éternité
Par les barques joyeuses des nuages !

Ô, mon Ami, Fils des nénuphars roses,
Le cœur seul sait où il va !

Athanase Vantchev de Thracy

Paris, le 21 février 2011

Glose :

« Né le 22 décembre 1953 à Paris d'un père originaire de l'île de Ra'iatea et d'une mère d'ascendance ariégeoise et bretonne, Jean-Marc Tera'ituatini Pambrun est un homme de culture bien connu des Polynésiens et un personnage singulier.
Anthropologue de formation, il a passé l'essentiel de son activité professionnelle dans le secteur de la culture polynésienne où il a occupé des fonctions importantes : directeur du département des traditions du Centre Polynésien des sciences humaines, chef de service de la culture de la mairie de Faa'a, directeur de la maison de la culture de Papeete, conseiller auprès du gouvernement local à deux reprises.

Pourtant, contre toutes les apparences, son parcours institutionnel fut loin d'être tranquille puisqu'il a été limogé à deux reprises par deux ministres de la culture du gouvernement Flosse pour son indocilité. Car, ce qui caractérise ce contestataire invétéré c'est son franc-parler et son refus de se plier à ce qu'il appelle « tout ce qui insulte l'intelligence humaine ». Rebelle à toute forme d'autoritarisme, profondément attaché à la liberté d'expression, il ne fait aucune concession à ceux qui menacent de l'entraver.

Personnalité dérangeante autant par ses actes que par ses écrits, parallèlement ou alternativement à ses fonctions publiques, il a porté la contestation dans de nombreux domaines de l'activité polynésienne : culture, recherche, enseignement, environnement, syndicalisme, journalisme... Autant de facettes qui font de cet humaniste et intellectuel engagé, un auteur à part et créatif qui écrit dans les genres les plus divers : pamphlétaire, conteur, poète, essayiste, dramaturge, auteur de nouvelles. Par son éclectisme déroutant, il reste pour le moment un auteur inclassable.

Depuis 2000, il se consacre entièrement à l'écriture pour, dit-il « servir de porte-parole au peuple polynésien ». Un engagement pour lequel il s'est vu récompensé par le Salon insulaire du livre d'Ouessant qui lui a décerné le Prix fiction 2004 pour sa pièce Les parfums du silence. Avec cette distinction, le milieu littéraire des îles lui a donné une véritable dimension culturelle et intellectuelle en Polynésie. Depuis août 2005, il occupe également les fonctions de Directeur du Musée de Tahiti et des Îles, Te Fare Manaha. »
Vaite Urarii

Je viens d'apprendre la mort de Jean-Marc Pambrun, le 12 février 2011 à Paris, des suites d'un cancer. Un portrait de cet homme de culture – savant, engagé et artiste – est promis pour l'édition du 14 février des Nouvelles de Tahiti, avec les hommages qui ne manqueront pas de suivre pour cet ami regretté d'Île en île.

lundi 21 février 2011

RADKO RADKOV (en letton)

Radko Radkovam

In memoriam

„Even such is Time, that takes in trust
Our youth, our joys, our all we have,
And pays us but with earth and dust.”

„Un tieši laiks ir tas, kam uzticam
Mēs jaunību un prieku, visu, kas mums dots,
Un pretī saņemam vien zemes putekļus.”

Sers Valters Reilijs


Es vēršos pie tevis,
mans skumju apvītais laiks,
visšķīstākais laiks,
kur cerības mūsu
un karstākās vēlmes
gājušas bojā.

Lūdzu es tevi,
sirdsšķīstais laiks,
mana drauga draudzene mīļā,
mierini mani,
viņa vārdu spozmē
vairs nelaistās strauts,
un gaisma ir tapusi
gaismas tukša.

Ak, vēja pūta,
aizslauki putekļus,
kas pārklāj laimīgās dienas,
ko atceros!

Steidzies šurp, vecumu nepazīstošo
Eņģeļu sensenā dvaša! Liec
Baltajām rozēm plaukt
Virs šīs zemes, kas siltajās skavās
dzidro mūžības dzejnieku skauj!


Athanase Vantchev de Thracy

Translated in Latvian by Edvīns Raups

QUASI BALBUTIENDO

QUASI BALBUTIENDO

A Albert Lázaro-Tinaut

I.

Ami, nous avons aimé avec tant de passion
Les indicibles merveilles
De la transaltio in divinis, la métaphore qui ouvre
Toute la grâce, toute l’élégance de notre âme
Pour lui permettre de parler des choses divines.

Non, nulle couleur rhétorique,
Nulle finesse du raisonnement,
Nulle splendor orationis
Ne peut dépasser par sa vibrante intelligence
Les humbles, les candides tremblements du cœur amoureux.

Et toi, Heure souriante,
Tu manges en riant des figues mûres,
Tu plonges tes dents de marguerites blanches
Dans la chair chaude et pulpeuse de l’été
Qui sème du feu
Dans l’air léger de tes cheveux.

II.

Les ruisseaux des Anges
Coulent,
Frais, calmes, limpides
A travers nos prunelles,
Lavent le temps de sa vélocité
Et remettent
Au doigt qui indique la hauteur du ciel
La bague baptismale de l’Amour.

La musique du sang,
Les mélodies planétaires des esprits purs,
Les hymnes stellaires
Pénètrent doucement, à pas feutrés de panthère,
Nos âmes émerveillées et déversent des poèmes aurifères
Sur nos lèvres de fraises passionnées !

L’eau ruisselle dans les interstices du granit,
Se hâte, chante et parle au peuple doux des lichens
Sa langue rose et fluide,
Et des portiques de jade s’ouvrent
Sur d’autres portiques de jade
Vers des jardins où dort
L’alphabet solaire des orangers !

III.

Ce sont les tristesses, mon Ami,
Ce sont les blessures ouvertes et saignantes
De nos poitrines
Qui guident, d’une main sûre et d’une innocente fermeté,
Nos destins vers leur céleste accomplissement !

Ô printemps qu’un autre printemps
Imprègne de sa viticole vigueur !
Et s’en vont, sous les pieds verts des perce-neige
Les neiges pressées de l’hiver.

IV.

Apaisés,
Nous aimons les toiles rêches
Qui couvrent de leurs caresses
La biblique modestie de nos lits,
Nous aimons les frémissements blancs
De l’humble linge de nos demeures
Etendu dans nos cours à de minces fils de chanvre pur,
Son odeur de bonté évangélique,
Sa fidélité faite de sacrifices et d’abnégations infinies.

Traînes d’or du jour sur les prairies,
Fines passementeries des petites fleurs des champs,
Le vin qui sent les lis
Et les buissons enchantés
Qui naissent dans le cœur des jeunes filles !

V.

Nous voyons, en fermant les yeux sur nos vies si petites et si pauvres,
Les entrailles de la terre pleine de constellations,
Les arbres de nos artères
Aux racines si profondes,
La lumière calme du jour entrelacée avec la paix inspirée
Des feuilles des cerisiers,
Nous scrutons
Les comètes, les météores,
Les lunaisons… et écoutons,
En retenant notre souffle,
Le chuchotement de la sève qui, par sa force intérieure,
Arrondit les grains parfumés du raisin.

Et les mots font des hauts brasiers
Dans nos gorges,
Et nous parlons avec les pierres
Et douce et avenante nous est leur voix
Et fascinantes les légendes qu’elles nous disent
En soupirant !

VI.

Et, quand l’automne
Vient se coucher sur le linceul de l’hiver,
Nous adorons la svelte agitation
Des petits merles, l’ardeur de leurs élans,
Les jubilantes caresses
Des flocons étincelants
Sur la lourde soie noire de leurs ailes toujours en éveil !

Pudiques sont les âmes des morts
Aux yeux grand ouverts sur les iris de la nuit,
Yeux qui admirent la beauté hautaine des pins !

Suave nous est le poids des morts
Posé avec une délicatesse bouleversante
Sur le mouvant velours de nos cœurs !

VII.

Nous tremblons de piété
Devant les fenêtres vivantes des vieilles maisons,
Ecoutant, au cœur des flux et reflux des heures volées au temps,
Debout dans l’air humide et palpitant
Le langage propitiatoire de leurs volets
Et l’exaltation du vent embrassant les vitres usées.

Oui, mon Ami,
Il y a une mélancolie joyeuse
Dans les vertus
Des mots aimés
De nos poèmes !

Une frêle mésange chante sa joie
Et sa voix émeraude
Retient le visage du moine
Penché sur le précipice du silence.


Athanase Vantchev de Thracy

Paris, le 19 février 2011

Glose :

Quasi balbutiendo : expression latine de saint Grégoire le Grand qu’on rencontre dans son ouvrage « Moralia ». Nous nommons Dieu imparfaitement, comme en balbutiant.

Translatio in divinis : expression latine qui insiste sur l’usage des métaphores que nous utilisons pour parler des choses de Dieu.